Pourquoi la rigueur du commandement est essentielle pour le bailleur

Le commandement de payer est l'acte fondateur de toute procédure de résiliation par clause résolutoire. Un commandement irrégulier expose le bailleur à plusieurs risques majeurs :

Condition préalable : la clause résolutoire dans le bail

Le commandement de payer fondé sur l'article L.145-41 du Code de commerce suppose l'existence d'une clause résolutoire expresse dans le bail. Cette clause doit :

Mentions obligatoires à peine de nullité

L'article L.145-41 et la jurisprudence imposent un formalisme strict. Le commandement doit comporter, à peine de nullité :

  1. La référence à la clause résolutoire et la reproduction de son texte ou des éléments essentiels.
  2. L'obligation méconnue visée par la clause (article du bail relatif au paiement, par exemple).
  3. La mention du délai d'un mois (ou du délai conventionnel s'il est plus long), à compter de la signification, pour régulariser.
  4. Le décompte détaillé des sommes réclamées, ventilé entre principal, charges, intérêts, frais, avec dates d'échéance et taux d'intérêt.
  5. L'avertissement que, à défaut de paiement dans le délai, le bailleur poursuivra l'acquisition de la clause résolutoire.
  6. L'identification précise du bailleur, du preneur, du local et du bail (date, durée).

Précisions jurisprudentielles sur les mentions

Plusieurs précisions jurisprudentielles méritent d'être connues du bailleur :

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Signification et destinataires

Le commandement doit être signifié par commissaire de justice (anciennement huissier). Une simple lettre recommandée, même très détaillée, ne vaut pas commandement au sens de l'article L.145-41.

Plusieurs points de vigilance sur les destinataires :

Stratégie : isoler le sujet pour ne pas affaiblir le commandement

Une règle d'or pour le bailleur : ne pas surcharger le commandement. La tentation est forte d'inclure toutes les sommes contestées (charges litigieuses, contestation antérieure, factures de travaux). C'est une erreur.

Un commandement fondé sur des sommes partiellement contestables donne au preneur des arguments pour faire annuler tout l'acte. Mieux vaut :

Articulation avec l'assignation

Le commandement peut être combiné avec une assignation dans un même acte, ce qui accélère la procédure : à l'expiration du délai d'un mois, l'audience de référé est déjà fixée. C'est une pratique fréquente quand le bailleur veut une procédure rapide et que le preneur est manifestement défaillant.

Questions fréquentes

Faut-il faire vérifier le commandement par un avocat avant signification ?

Très fortement recommandé. Le commissaire de justice maîtrise la signification, mais la rédaction stratégique du commandement (choix des sommes visées, mentions obligatoires, articulation avec une éventuelle assignation) relève de l'avocat. Un commandement validé en amont par un avocat spécialisé en baux commerciaux divise par 3 le risque de nullité ultérieure.

Combien coûte la signification d'un commandement de payer ?

Les émoluments du commissaire de justice pour la signification d'un commandement de payer en bail commercial varient selon le montant en jeu, généralement entre 150 et 400 euros HT, hors honoraires de rédaction du conseil. Pour un bail commercial à enjeu important, c'est un investissement très limité au regard de la sécurité juridique apportée.

Le commandement peut-il viser à la fois les loyers et les charges contestées ?

Techniquement oui, mais c'est stratégiquement déconseillé. Si le preneur conteste sérieusement les charges, il pourra fonder la contestation de l'ensemble du commandement et du calcul. Mieux vaut deux actes distincts : un commandement pour les loyers purs (procédure rapide), et une action séparée pour le contentieux des charges.

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