Le mécanisme : refus avec indemnité, dans une logique de projet

L'article L.145-18 du Code de commerce permet au bailleur de refuser le renouvellement du bail commercial pour construire ou reconstruire l'immeuble existant, ou pour effectuer des travaux dans un secteur protégé nécessitant l'évacuation des lieux.

Dans ce cas :

L'intention réelle de démolir-reconstruire

Le bailleur doit, au moment de délivrer le congé, avoir l'intention réelle de démolir l'immeuble pour le reconstruire. Cette intention est vérifiée par le juge en cas de contestation (Cass. 3e civ., 27 oct. 1993 ; Cass. 3e civ., 19 juin 2025, n° 23-21.372 F-D).

Éléments probants à constituer :

Distinguer démolition-reconstruction et simple rénovation

La jurisprudence distingue strictement :

L'enjeu est important : si le projet du bailleur est qualifié de rénovation et non de démolition-reconstruction, le congé est inopérant et le bailleur peut être condamné aux dommages-intérêts pour congé irrégulier.

Procédure : forme du congé et délai

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Calcul de l'indemnité d'éviction

L'indemnité d'éviction couvre la perte du fonds de commerce (ou du droit au bail) et les indemnités accessoires (déménagement, réinstallation, trouble commercial). Voir l'article dédié au calcul.

Précision jurisprudentielle importante : lorsque le congé est donné à une échéance triennale, la valeur du droit au bail à prendre en compte pour l'indemnité doit être appréciée en tenant compte de la situation qu'aurait connue le preneur jusqu'au terme du bail, avec un loyer déplafonné lors de la révision triennale (Cass. 3e civ., 25 juin 1997).

Surélévation : régime particulier (art. L.145-21)

Cas voisin mais distinct : le bailleur peut différer le renouvellement du bail pendant une durée maximale de trois ans s'il se propose de surélever l'immeuble et si cette surélévation rend nécessaire l'éviction temporaire du preneur (art. L.145-21).

Dans ce cas :

Stratégie patrimoniale d'ensemble

La reprise pour démolition-reconstruction s'inscrit dans une stratégie patrimoniale plus large. Le bailleur doit anticiper :

Questions fréquentes

Combien de temps après le congé faut-il commencer les travaux ?

Pas de délai légal strict, mais la jurisprudence exige que les travaux commencent dans un délai raisonnable après libération des lieux et paiement de l'indemnité. Un délai supérieur à 12-18 mois sans commencement effectif peut être interprété comme l'absence d'intention sérieuse et exposer le bailleur à des dommages-intérêts complémentaires.

Que se passe-t-il si les travaux ne sont finalement pas réalisés ?

Le preneur évincé peut demander des dommages-intérêts complémentaires pour fraude. Si le bailleur a obtenu l'éviction sur un projet fictif (par exemple, pour revendre le local libre à un prix supérieur), le préjudice peut être très important. C'est pourquoi le dossier de projet doit être solide en amont, avec un commencement effectif des travaux dans des délais raisonnables.

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